L’orphelinat « Santa Martha » au Pérou

   Bonjour à tous,

   Cela fait un moment que je n’avais pas écrit pourtant je ne vous ai jamais raconté la fin de mon voyage et ce que j’ai fait à la suite de mon mois passé au sein de l’orphelinat bolivien.

Mon petit séjour dans la capitale bolivienne :

   Après mon mois à Sucre, je suis partie à La Paz, la capitale économique de La Bolivie. J’y ai vécu trois jours d’une intensité rare. D’abord la ville est étouffante à cause de son altitude élevée (plus de 3500 m) et de sa localisation au creux d’une vallée très encaissée. Les rues sont petites et gorgées de monde. La sécurité n’est assurée que dans quelques rues du centre ville et les agressions sur les touristes sont monnaie courante. Je n’ai jamais eu aussi peur de ma vie à me promener dans cette ville malgré toutes mes précautions. De plus l’air est rare et polluée rendant les balades complètement désagréables. Je me suis vite échappée de cet enfer pour visiter enfin le lac Titicaca (une merveille à l’état pur !) ainsi que pour rendre visite à Rossy, ma filleule. L’un des moments les plus forts de ma vie… (Détails dans un précédent article)

Au Pérou, changement de programme :

   La suite de mon programme devait se dérouler au Pérou à Huorachi comme je vous l’avais mentionné dans mon blog. Cependant, un peu avant mon départ j’ai contacté une association française, « France bénévolat », qui m’a conseillée un autre orphelinat, la fondation « Santa Martha », dans lequel ils avaient envoyé plusieurs bénévoles français. J’ai donc décidé de changer mon programme et d’apporter mon aide au sein de cette structure.

L’orphelinat « Santa Martha » :

   Cet orphelinat situé proche de la capitale péruvienne, accueille une centaine d’enfants âgés entre 0 et 18 ans. Ce centre est surtout destiné à éduquer les enfants, à les faire évoluer afin qu’ils deviennent des adultes épanouis et autonomes. Peu d’entres eux seront adoptés. Cet établissement est donc structuré de manière totalement différente par rapport à celui que j’avais découvert en Bolivie. Les enfants sont hébergés dans un immense bâtiment ressemblant à u (un grand bâtiment en béton ayant des escaliers externes) avec les dortoirs dans les étages et la cantine au rez-de-chaussée. La cour est en béton, avec un petit bac a sable, de vieux buts de football et complètement entourée de grillage. Une seule sortie : une immense grille fermée à clé et ouverte que quelques rares fois par jour. Personne ne sort … Pas même les bénévoles !

Une sensation de tristesse quotidienne :

   Le premier sentiment que j’ai ressenti c’est une forte oppression. Tout n’était que béton, interdiction de sortir quand je le voulais et des gestes dictés à la seconde près par les encadrants … Car nos journées étaient rythmés par des corvées et des tâches imposées, de 5h30 le matin (l’heure du réveil pour tout le monde) jusqu’à 20h (heure de la fin de journée de travail). Pas un seul moment de liberté sauf sur demande préalable à la direction pour nous autoriser une heure de liberté le matin si ils n’avaient pas besoin de notre présence …. Une vraie prison pour le corps et l’esprit ! Et au milieu de tout ça, des enfants déjà peu épargnés par la vie qui subissaient le même rythme et les mêmes règles que nous … Sans pouvoir rien y changer.

   Les enfants vivaient dans le grand bâtiment de béton dans les étages : ils étaient répartis en dortoir par âge et pas sexe pour les plus grands. Chaque dortoir comptait environ 20 enfants et était géré au quotidien par deux encadrant(e)s ainsi qu’un ou deux bénévole(s). Jai été affecté au groupe des 5 à 8 ans, qui logeaient dans le dortoir « vert » (le nom de chaque dortoir était une couleur). Nous devions nous occuper de 21 enfants toute la journée en dehors des heures de cours (9h-12h30). Le matin, nous nous consacrions à la toilette et au petit déjeuner des enfants, ensuite nous l’avions le dortoir et aidions au tâches ménagères pendant que les enfants étaient à l’école, puis repas du midi, organisation d’animations toute l’après midi, douche, repas du soir et coucher. Des journées longues, intenses mais normales au sein d’un orphelinat. Sauf que dans le premier orphelinat, des femmes étaient affectées à chaque tâche individuellement et deux équipes se relayaient dans la journée. Dans celui-ci les encadrantes géraient leurs enfants et les tâches ménagères toute la journée, tous les jours avec seulement un week-end de libre tous les 15 jours. Ça en devenait de l’exploitation !!!

   Néanmoins, le pire pour moi n’était pas la condition des adultes, autonomes et libres de refuser ce travail, c’était celle des enfants, seuls et sans défense, devant subir un quotidien pas très joyeux même s’il n’était pas aussi douloureux que celui qu’ils subiraient dans la rue… Aucun n’était maltraité, je n’ai pas vu de violences physiques et les encadrantes ont toujours fait de leur mieux pour leur apporter de l’amour et du bien être … Avec ce qu’elles avaient à disposition, c’est à dire pas grand chose ! Il ne régnait pas de joie, de rire dans cet orphelinat. Les enfants n’étaient pas des enfants mais de gentils petits robots obéissant aux ordres et tentant par tous les moyens de grappiller un câlin ou un bisou.

Le quotidien au sein de l’orphelinat :

   Les journées au sein de la structure sont toutes les mêmes et ne changent qu’un peu le weekend. Le réveil est brutal : les encadrantes qui dorment dans la même pièce que les enfants allument la lumière à 5h30 du matin. La journée commence ! Debout tout le monde. Il faut alors débarbouiller et habiller les enfants encore complètement endormis. Je surveille pour garder de l’ordre et de la discipline mais ce n’est pas bien dur car tous les enfants sont très obéissants à ma grande surprise. Vers 7h30 nous descendons dans la cours en deux files indiennes, les filles d’un côté et les garçons de l’autre, par ordre croissant de taille, à une distance d’un bras. Dans la cours tous les autres dortoirs sont présents, en rang de la même manière. Une dame arrive et crie l’ordre de se taire. Elle commence par dire bonjour, auquel les enfants répondent en cœur. Ensuite elle abreuve les enfants de sermons jusqu’à ce qu’une cloche nous donne l’ordre d’entrer dans le réfectoire. Cette salle est composée d’une dizaine de tables rangées selon les dortoirs, à raison de deux tables par dortoir. Les enfants s’installent devant les bancs et la dame procède à la prière du matin. Ensuite on leur sert le petit déjeuné : un bout de pain dur et un demi verre d’eau. Je vous assure que servir ça a des enfants en gardant le sourire cela fend le cœur. A la table d’à côté, les petits bambins de moins de deux ans tentent de se débattre avec leur bout de pain en les tapant sur la table pour en récupérer les miettes. Mon cœur s’est tordu en deux…

   Après le petit déjeuné, les enfants remontent dans les dortoirs prendre leur affaires et s’en vont à l’école avec un accompagnateur. C’est le temps pour les bénévoles d’aider dans tout l’orphelinat : ménage et rangement du dortoir et des pièces communes, vaisselle, préparation du repas et préparation d’ateliers que nous pourrons proposer aux enfants, enfin en théorie… Car dès mon arrivée, les autres bénévoles m’ont avoué que les encadrants ne laissaient pas le temps aux bénévoles pour créer des animations et même si nous les avions créé au préalable, personne ne nous laissait l’occasion de les mette en place. Et bien alors je range de suite mes animations de théâtre, de danse et d’apprentissage du français… Dommage !

   Vers 12h30 les enfants reviennent à l’orphelinat. Nous les aidons à se laver un peu et à se changer (enlever les uniformes de l’école). Ensuite retour au réfectoire avec le même programme : file indienne, discipline, cloche, prière et repas. La nourriture le midi est un simple plat composé très souvent de riz, pomme de terre et de viande (d’après les bénévoles) qui constituent une grande majorité des repas des péruviens et boliviennes de classe moyennes. L’après midi, ce sont chaques encadrantes qui doivent occuper les enfants dont elles sont responsables. Certains les laissent errer dans les dortoirs. D’autres décident de journée un peu avec eux. Nous nous avons commencé par faire les devoirs, enfin plutôt faire les devoirs à la place des enfants … C’est à ce moment la que je me suis rendue compte que les enfants avaient un retard scolaire énorme. A plus de 8 ans pour certains, aucun d’eux ne savaient vraiment écrire, à peine leur prénom … Ces enfants n’ont eu aucune chance dans la vie mais ne sont pas près de s’en sortir …

  Ensuite nous avons fait des jeux de ballon. Le seul moment détendu de ma journée au sein de l’orphelinat. J’ai enfin entendu les enfants rire et cela grâce à l’amour et à la tendresse de leurs encadrantes. J’ai eu alors un regard attendrissant pour ces femmes qui se battent au quotidien pour les enfants et qui leur apportent tout l’amour qu’elles peuvent nous partant j’ai salué leur courage et je les ai remerciées pour les enfants.

   Après cette après midi de douceur, de retour au réfectoire avec les restes du midi à peine réchauffés. Ensuite tous les enfants montent dans leurs dortoirs, c’est l’heure de la douche, du pyjama et du coucher. Là encore il est bien trop difficile de passer un moment de tendresse avec chacun avant de s’endormir, alors un simple « bonne nuit » général et on éteint les lumières. C’est le moment où les encadrantes prennent soin d’elles et rangent les dortoirs. C’est aussi le seul moment de la journée où les bénévoles peuvent sortir une heure et errer dans le village qui ne comptent qu’un seul bar et une petite boutique. Aucun contact possible avec le reste du monde et il est déjà l’heure de rentrer, se glisser dans le lit (si on peut appeler ça un lit) au milieu des enfants…

Ma courte expérience :

   Je n’ai pas pu rester dans ce « petit camp militaire » comme je l’appelle. J’ai voulu partir après moins de 24h passé à leurs côtés. Cette décision fut difficile à prendre car j’avais la sensation de les abandonner et de les laisser dans cette souffrance alors que moi je repartait dans ma belle petite vie… Mais je ne pouvais pas rester : rester signifiait souffrir face à cette organisation qui détruisait les enfants tout en y participant et en les aidant à continuer dans ce sens. Je n’en étais pas capable et je n’avais pas le pouvoir de changer les choses … Cette décision fut lourde de conséquence sur mon moral… Durant les deux jours qui ont suivi je n’ai rien fait d’autre que de me réfugier dans un hôtel de la capitale, de réfléchir et de me promener durant des heures. Comme si je retrouvais le goût de la liberté alors que je n’ai passé que 24h dans cet orphelinat.

La fin de mon aventure :

   Par la suite, je me suis rendue à Cuzco, une ville assez connue dans l’est du Pérou, suite aux recommandations de bénévoles rencontrés durant mon voyage. Le but étant de trouver un autre orphelinat dans lequel je pourrais aider. J’ai trouvé refuge dans une auberge de jeunesse dans le centre ville afin d’être sur place. Durant 15 €jours j’ai frappé à toutes les portes, contacté toutes les associations, j’ai même fait appel au centre français de Cuzco.. Mais que des réponses négatives. J’ai donc voyage un peu sans trop de conviction car mon cœur lui était triste de ne pouvoir aider personne. Au bout de ces 15 jours je n’avais plus de pistes, j’étais fatiguée moralement, j’ai donc décidé de reprendre un avion et de rentrer en France …

   Une fin d’expérience bien plus triste que je ne l’aurai imaginé… Et je suis rentrée avec un grand sentiment d’échec … J’ai fait ce que je croyais bien, ce que je pouvais et je me console en me disant que j’ai tout de même apporté du bonheur en Bolivie. Je ne regrette donc rien et ce fut une expérience inoubliable qui aura changé beaucoup de choses en moi ….

   MERCI à vous tous pour votre immense soutien. MERCI de m’avoir permise de réaliser tout cela et de rencontrer tous ces enfants. Leurs sourires seront gravés dans mon cœur… MERCI !

  J’espère avoir pu vous apporter une autre vision du bénévolat et vous avoir montré à quel point vous avez participé aux bonheurs de ces enfants.

   Prenez soin de vous

   Delphine

PS: Je n’ai pris aucune photo de cette orphelinat, j’avais interdiction de sortir mon téléphone ce qui finissait de me couper du monde. De plus, il m’était trop difficile de prendre des photos de ce que je voyais… Mais vous pouvez découvrir une vérité un peu erronée de cette structure sur leur site internet, en gardant en tête mon récit svp.

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